Musée Fournaise de CHATOU
La Maison Fournaise

La Famille Fournaise

Dès le milieu du XIXème siècle, la mode est au canotage qui délasse les Parisiens des contraintes de la vie urbaine. En 1857, Monsieur Fournaise, charpentier de bateaux, installe sur l’Ile de Chatou son atelier, tandis que sa femme y ouvre un restaurant.
Madame Fournaise a la haute main sur la cuisine, Monsieur veille à l’organisation de fêtes nautiques, dont de mémorables joutes. Alphonse, leur fils aide les dames à embarquer, et sa sœur Alphonsine, modèle choyé des peintres, soigne l’accueil de la clientèle.


La Guinguette des Impressionnistes

Claude Monet, Alfred Sisley, Berthe Morisot, Edouard Manet, Camille Pissarro, Pierre Prins, arpentent l’île en quête de cette lumière mobile sur les eaux frémissantes de la rivière. Lieu d’élection des peintres impressionnistes avides de grand air, l’Ile de Chatou est également très fréquentée par les gens de lettres et la bohême, dorée ou non, de la seconde moitié du XIXème siècle. Edgar Degas est un ami intime d’Alphonsine, Gustave Caillebotte aime faire évoluer ses bateaux dans la boucle de la Seine


Façade de la Maison Fournaise

Vue de côté de la façade avec le Déjeuner des Canotiers

Prenez garde à la peinture
Anonyme – XIXe siècle, Fresque, Façade de la Maison Fournaise

Les Deux Fauves

André Derain (né à Chatou) et Maurice de Vlaminck installent leur atelier dans la maison Levanneur, voisine du restaurant Fournaise. Guillaume Apollinaire et Henri Matisse rendent visite aux deux fauves ; on discute, les idées s’enflamment, les couleurs aussi. Les deux fauves incarnent à leur tour l’avant-garde picturale durant les premières années du XXème siècle.


Déclin et renaissance de la Maison Fournaise

Fermée en 1906 par Alphonsine, - elle même disparue en 1937 - la Maison Fournaise s’étiole au fil du temps.
Proche de la ruine, elle est acquise en 1979 par la ville de Chatou, inscrite en 1982 à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, puis restaurée par la Municipalité avec des aides de l’Etat, de la Région, du Département et le soutien de deux associations, les Amis de la Maison Fournaise et Friends of French Art.
En plus de la création d’un musée, la Maison Fournaise a retrouvé sa vocation originelle : depuis 1990 un restaurant est à nouveau ouvert dans les salles décorées de fresques réalisées par de féroces caricaturistes de l’époque.


Intérieur du restaurant Fournaise
Anonyme – XIXe siècle, Fresque

Maison Fournaise à l'abandon

A propos du chiffre

Le chiffre, c'est l'entrelacement des initiales d'Alphonse Fournaise, restaurateur et constructeur de canots. Il est forgé à l'angle du balcon de la maison Fournaise où a été peint le tableau "Déjeuner des Canotiers" de Pierre Auguste Renoir

Chiffre

Balcon du restaurant

 

Sous le pinceau de Renoir

Pierre Auguste Renoir découvre, semble-t-il, Chatou et ses berges lors d’une promenade avec le Prince Bibesco, un familier du restaurant Fournaise, en 1868.

Avec Claude Monet, il plante cette année-là son chevalet aux bains froids de la Grenouillère sur l’Ile de Croissy, non loin de Chatou. Les deux peintres n’ont pas encore trente ans et entreprennent côte à côte une série de tableaux sur le motif. L’eau, la lumière et le canotage sont les thèmes des deux artistes à la touche libérée, qui marquent la maturité du mouvement impressionniste. Chatou et ses environs entrent à tout jamais dans l’histoire de la peinture et de celle du canotage.

Pendant près de quinze ans, de 1868 à 1884, Renoir vient régulièrement à Chatou. Il dira plus tard : “J’étais toujours fourré chez Fournaise, j’y trouvais autant de superbes filles à peindre que je pouvais en désirer”. En 1880, il écrit à un ami : “Je suis retenu à Chatou à cause de mon tableau. Vous serez bien gentil de venir déjeuner. Vous ne regretterez pas votre voyage, c’est l’endroit le plus joli des alentours de Paris”. Ce tableau est Le Déjeuner des Canotiers peint en 1881 sur le balcon du restaurant et aujourd’hui conservé à la Phillips Collection de Washington. Renoir peint une trentaine de toiles à Chatou, dont le portrait d’Alphonsine Fournaise, présenté au Musée d’Orsay à Paris.


La Grenouillère – 1869
Pierre-Auguste Renoir
Huile sur toile 65.1 x 92 cm
Winterthur, Oskar Reinhardt collection


La Grenouillère – 1869
Pierre-Auguste Renoir
Huile sur toile 66 x 86 cm
Stockholm, Nationalmuseum


Alphonsine Fournaise – 1879
Pierre-Auguste Renoir
Huile sur toile 73.5 x 93 cm
Paris, Musée d’Osay


Les Rameurs de Chatou – 1879
Pierre-Auguste Renoir
Huile sur toile 81 x 100 cm
USA, Washington – National Gallery


Le Déjeuner des rameurs ou Au bord de la Rivière – 1879
Pierre-Auguste Renoir
Huile sur toile 54 x 65 cm
USA, Chicago, The Art Institute

Le Déjeuner des canotiers - 1880-1881
Pierre-Auguste Renoir
Huile sur toile 129 x 172 cm
USA, Washington, Phillips Collection
Retrouvez le tableau interactif


La Danse à la campagne - 1882-1883
Pierre-Auguste Renoir
Huile sur toile 180 x 90 cm
Paris, Musée d’Orsay


Jeune fille cueillant des fleurs - Vers 1874
Pierre-Auguste Renoir
Huile sur toile, 65 ; 54 cm
Ancienne appartenance : USA, Williamstown, Clark Institute

 

Sous la plume de Maupassant

Guy de Maupassant

Guy de Maupassant (1850-1893) est le canotier le plus célèbre de la Maison Fournaise. Il découvre Chatou et ses environs en 1873. Ce jeune normand travaillait depuis un an au Ministère de la Marine, puis au Cabinet de l’Instruction publique des Beaux-Arts et du Culte. A partir de 1880, il décide de se consacrer entièrement à la littérature. C’est grâce aux encouragements de Gustave Flaubert qu’il développe des qualités littéraires hors du commun et invente à travers ses nouvelles un style réaliste, incisif et rapide. Il écrit ce qu’il regarde, tout comme les peintres du plein air et résume ainsi son art :

« J’arrive à cette certitude que pour bien écrire, en artiste, en coloriste, en sensitif, en imagier, il faut décrire et non pas analyser. […] »
« Il faut exiger de notre mémoire un enregistrement constant et exact, avec leurs moindres détails des faits que nous voyons même des nuances. »


Guy de Maupassant immortalise l’ambiance festive de la Maison Fournaise et le canotage à travers plusieurs nouvelles publiées en 1880 dans le recueil intitulé La Maison Tellier : « La femme de Paul, Mouche, Sur l’eau, Yvette...»


Extrait « La Femme de Paul »

« Le Restaurant Grillon, ce phalanstère des canotiers, se vidait lentement. C’était devant la porte, un tumulte de cris, d’appels, et les grands gaillards en maillot blanc gesticulaient avec des avirons sur l’épaule. Les femmes en claire toilette de printemps, embarquaient avec précaution dans les yoles, et s’asseyant à la barre, disposaient leur robe, tandis que le maître de l’établissement, un fort garçon à barbe rousse, d’une vigueur célèbre, donnait la main aux belles petites en maintenant d’aplomb les frêles embarcations. »

Maupassant a également laissé un poème à l’intérieur du restaurant Fournaise, illustré par un chien dessiné par le Comte Lepic. Sur l’initiative de l’Association des Amis de la Maison Fournaise, il a été restitué dans l’accueil du restaurant Fournaise, sous la tête d’un chien de Lepic.

« Sauve-toi de lui s’il aboie ;
Ami prends garde au chien qui mord
Ami prends garde à l’eau qui noie
Sois prudent, reste sur le bord.

Prends garde au vin d’où sort l’ivresse
On souffre trop le lendemain
Prends surtout garde à la caresse
Des filles qu’on trouve en chemin.

Pourtant ici tout ce que j’aime
Et que je fais avec ardeur,
Le croirais-tu ? C’est cela même
Dont je veux garder ta candeur.»


Guy de Maupassant confiait ses bateaux à Monsieur Fournaise qui se charge de leur entretien.
En 1887, il loue même un appartement aux Fournaises durant six semaines afin de fuir la vie parisienne, pour écrire et canoter.

Finalement, Guy de Maupassant quitte Chatou pour Poissy en 1889 où il y fait transporter ses bateaux. « … car à Chatou, ce n’était plus tenable, à cause du voisinage. Il y avait vraiment trop de demi-mondaines. Je le regrette pour Alphonse et Madame Papillon qui ont toujours été très gentils et qui prenaient grand soin de mes bateaux.»

« Ma grande, ma seule, mon absorbante passion, pendant dix ans, ce fut la Seine. »